J’ai osé parler en public !

Aaaahh, parler en public… par où commencer ? Action, qui bien qu’anodine pour certains en décourage plus d’un. Vous savez, cette action qui rend les mains moites, qui fait s’accélérer notre cœur si bien que l’on pense faire une attaque, qui donne envie de retourner très vite de là où l’on vient et de surtout, y rester à tout jamais. Si ce que vous venez de lire fait sens pour vous, c’est que vous possédez une des peurs les plus répandues au monde. Oui oui, vous avez bien lu : elle terrifie beaucoup plus de monde que vous ne pouvez l’imaginer ! C’est la peur numéro 1.

La peur est une émotion qui existe depuis toujours, elle a été́ nécessaire à la survie de l’espèce. Cette émotion est donc normale ; ce qui ne l’est pas en revanche, c’est qu’elle devienne chronique ou excessive, elle correspondra alors à ce qu’on appelle une pathologie anxieuse. Avoir peur d’un ours est presque évident, se retrouver face à un animal qui peut nous balayer d’un simple coup de patte ne rend jamais très confiant. En revanche, saviez-vous que certaines peurs étaient le résultat d’un apprentissage ? Et oui, il est possible d’apprendre une peur : par exemple, entendre le crissement d’une voiture provoquera instinctivement la peur chez une majorité de personnes. Au même titre que le fait d’avoir déjà été humilié peut entrainer la peur de s’exprimer devant une foule ou une classe.

Quand j’étais enfant, réciter une poésie devant ma classe me terrorisait. Impossible de faire sortir ne serait-ce qu’un mot de ma bouche. Mes régions amygdaliennes (zones du cerveau qui répondent aux stimulus externes de peur) s’agitaient dans tous les sens. Seule, devant tout le monde, sur l’estrade en bois à me demander si le renard avait réellement besoin du fromage que le corbeau tenait dans son bec, à mélanger les vers et à trembler comme une feuille.

Un jour, j’ai décidé de m’inscrire à des cours de théâtre. Ce n’est qu’en arrivant là-bas que je me suis rendue compte que ces cours n’étaient pas individuels mais que j’allais devoir jouer devant une dizaine de personne. Persuadée que ces enfants, qui allaient reproduire le même exercice quelques minutes plus tard, allaient se moquer de moi ; je refusais catégoriquement de passer devant tout le monde. Heureusement pour moi, je n’ai pas eu ce choix très longtemps. Dès le deuxième cours, c’était improvisation, gestion des émotions et élocution. Autant vous dire que ma peur a été mise à rude épreuve. Je me suis rendu compte que finalement, plus je laissais l’émotion m’envahir, moins j’étais dans le contrôle permanent et plus je m’autorisais à finalement, faire du théâtre. Je n’étais pas là pour parler simplement devant des personnes, j’étais là pour leur transmettre quelque chose, et c’est précisément ce qu’une émotion permet de faire : elle transmet.

J’étais à des années-lumières de me douter que finalement, les personnes en face de moi avaient sûrement autres choses à penser que de juger ma prestation. Un des exercices les plus impactant de ma vie a été lors de ma huitième année de théâtre : ce n’était pas compliqué, juste terrifiant. Nous devions aller à tour de rôle devant tout le monde et hurler. Simplement hurler de plus en plus fort pendant dix secondes. Devinez qui a été désignée pour passer en première ? Après huit ans, on pourrait penser que j’y suis allée et que je l’ai fait sans problème. Détrompez-vous. Je ne voulais pas, j’avais peur.

Cette peur, que j’avais réussi à mettre de côté depuis tant d’années et dont je pensais m’être totalement débarrassée était revenue et une fois encore, elle me paralysait. Elle a débarqué si vite qu’elle m’a heurté en pleine figure… quelle claque ! Je ne sais toujours pas pourquoi il me semblait impossible de crier devant un public, alors que ça faisait des années que je lui parlais. Le prof devait compter jusqu’à trois, et à trois devaient commencer les dix secondes les plus longues de ma vie. Il a compté doucement, pas assez à mon goût, mais suffisamment pour me laisser enchaîner quelques phrases courtes. « C’est mort je ne ferai pas ça », « pas la peine de compter, je ne crierai pas ». Mais quand le « trois » a retenti dans mes oreilles, je ne sais pas pourquoi ni comment, mais je me suis entendu hurler. C’était profond, bien au-delà des cordes vocales, ça m’a prise aux tripes. J’avais l’impression que ce n’était pas moi, j’étais tellement persuadée ne pas pouvoir le faire que finalement, le stress ne m’a pas coupé la voix, il me l’a décuplée. J’ai eu l’impression que toute la peur que j’avais pu ressentir depuis petite disparaissait au fil de ces dix secondes.

Je vous vois venir : « plus facile à dire qu’à faire » ? Et bien oui, absolument. Si c’était facile, croyez-moi que ça ne serait pas une des peurs les plus répandues. Seulement, je ne suis pas restée assise à regarder les autres, je suis passée à l’action et par chance, ça a fonctionné. Si ce n’est pas le théâtre pour vous, ce sera autre chose, mais tester en est la seuls issue. Croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle, et même si le changement est inconfortable, pensez au confort qui vous attend par la suite.

Aujourd’hui, je n’ai plus peur, la boule au ventre parfois mais j’ai appris à l’apprivoiser de manière à ce que mon stress devienne un moteur. La Fontaine n’a qu’à bien se tenir.

Les Chroniques de Camille

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